On nous vend l’entrepreneuriat comme la voie magique vers la liberté et le bonheur. Pourtant, autour de moi, je vois beaucoup de gens se lancer pour être heureux et finir complètement déprimés. Débutants comme entrepreneurs à succès, personne n’est épargné. C’est un sujet rarement abordé, mais tellement important que j’avais besoin d’en parler franchement.
Dans cet article, je t’explique pourquoi la culture du « make money » déprime autant de monde, et surtout comment éviter de tomber dans le piège. Moi c’est Benjamin, je suis entrepreneur depuis plusieurs années, et je suis moi-même passé par certaines de ces dérives.
Pourquoi l’entrepreneuriat rend autant de gens déprimés
Je reçois régulièrement des messages de jeunes, souvent mineurs, qui me confient se sentir mal, avoir l’impression de rater leur vie, et penser que s’ils ne sont pas millionnaires à 18 ans, ils ne valent rien. Ce sont de vrais messages de détresse, envoyés par des gens qui ont pourtant une vie tout à fait normale et entourée.
Ce qui me touche le plus, c’est que ces personnes vont souvent très bien sur le papier : une famille, un toit, des amis. Mais à force de baigner dans un certain type de contenu, elles finissent par croire qu’elles ratent leur vie. Le problème n’est donc pas leur situation réelle, mais l’image déformée de la réussite qu’on leur a vendue.
Ce mal-être n’a rien d’un hasard : il est fabriqué par des mécanismes bien précis qu’on retrouve partout dans le milieu. En les comprenant, tu peux les repérer et éviter de tomber dedans. Commençons par le plus toxique de tous.
La culture de l’isolement, première source de dépression chez l’entrepreneur
Le principal problème chez les jeunes qui se lancent, c’est une véritable culture de l’isolement qui s’est développée dans l’entrepreneuriat. Elle repose sur trois injonctions qui, mises bout à bout, coupent la personne du reste du monde.

Le développement personnel poussé jusqu’à l’isolement
On répète sans cesse qu’il faut faire du développement personnel. C’est une bonne chose en soi, j’en ai fait moi aussi : sport, lecture, routines. Mais le développement personnel, par définition, est personnel. À force de ne travailler que sur soi, de s’enfermer dans sa bulle, on finit par se couper progressivement des autres. C’est le premier pas vers la solitude.
Couper ses proches au nom de l’entrepreneuriat
Deuxième injonction : « tu es la moyenne des cinq personnes que tu fréquentes ». On en déduit qu’il faut écarter de sa vie tous ceux qui ne s’intéressent pas au business. Résultat, des jeunes se mettent à éloigner des amis proches, aimants et bienveillants, simplement parce qu’ils ont d’autres passions. Sortir une personne réellement toxique de sa vie, oui. Mais bannir un ami fidèle juste parce qu’il ne veut pas devenir millionnaire, c’est une erreur qui isole.
Se couper de toute information extérieure
Troisième dérive, presque sectaire : on te dit d’arrêter de regarder les news, la télé, tout contenu qui ne parle pas d’entrepreneuriat. Si tu écoutes ces vendeurs de formation, tu finis par ne plus consommer que leur contenu. Tu te retrouves alors totalement isolé, seul dans ta chambre à regarder des millionnaires en montre de luxe, à culpabiliser de ne pas y arriver. Le terreau parfait pour la dépression.
La course à l’argent : quand le succès rend l’entrepreneur malheureux
Le deuxième profil que je vois déprimer, ce sont les entrepreneurs qui ont du succès. Beaucoup se sont lancés uniquement parce qu’on leur a martelé que l’entrepreneuriat était la seule façon de réussir sa vie. C’est faux : on peut s’épanouir dans l’associatif, dans l’art, dans mille autres voies. Mais à force de l’entendre, ils s’y engouffrent sans avoir réfléchi à ce qui les rend vraiment heureux.
Une fois lancés, ils entrent dans une course à l’argent pour l’argent. On critique souvent le salariat en l’appelant la « rat race », mais beaucoup tombent ensuite dans ce que j’appelle l’« entrepreneur race ». Avant, ils s’épuisaient en CDI pour des besoins concrets. Maintenant, ils courent après toujours plus d’argent, non plus pour vivre, mais pour nourrir un besoin psychologique : maintenir une image, un statut, comparer leurs chiffres à ceux des autres. Ils s’étaient lancés pour être libres, et finissent prisonniers d’une compétition qui leur fait oublier pourquoi ils ont commencé.
Le piège est sournois, parce qu’il se referme au moment où tout va « bien » en apparence. Plus tu affiches tes résultats sur les réseaux, plus tu te crées un cercle d’entrepreneurs qui te connaissent pour tes chiffres, et plus tu te sens obligé de tenir ce niveau. Tu n’as plus le droit de ralentir, de douter, ou de ne pas avoir le mois parfait. On se retrouve alors avec des gens qui réussissent objectivement, mais qui sont vides à l’intérieur parce qu’ils ne savent même plus pourquoi ils courent. Et les plus jeunes qui les regardent absorbent cette anxiété et la reproduisent à leur tour : tout le monde finit par déprimer ensemble.

Développement collectif : sortir de la solitude de l’entrepreneur
Maintenant, les solutions, parce que je ne veux pas te laisser avec ce constat. Si tu débutes et que tu déprimes en te comparant aux autres, ressaisis-toi : le développement personnel, c’est bien, mais le développement collectif est tout aussi important.
Personnellement, à force de ne faire que du développement personnel, j’ai commencé à m’isoler, à ne plus aller en soirée, à ne plus voir personne, et j’ai réalisé trop tard que c’était une grave erreur. C’est justement quand j’ai recommencé à m’entourer que mon entreprise a le plus progressé : on m’a donné des opportunités, fait rencontrer des gens, permis de prendre du recul sur ma propre activité. Le lien humain n’est pas une distraction par rapport à ta réussite, il en fait partie.
Ne renie donc pas tes proches. S’ils t’aiment et t’apportent de l’amour, leurs passions différentes des tiennes n’ont aucune importance. Garder une vie sociale, des amis qui n’ont rien à voir avec le business, des moments où l’on parle d’autre chose que d’argent, c’est précisément ce qui te garde sain et lucide. C’est d’ailleurs en cultivant ce lien humain qu’on construit un vrai réseau, exactement comme pour trouver ses clients en freelance, qui passe avant tout par les relations. Et c’est aussi pour ça que je présente toujours le freelancing comme un moyen d’avoir une belle vie, pas comme une fin en soi.
Retrouver du sens au-delà de l’argent
Si tu es déjà un entrepreneur à succès mais que tu ne trouves pas le bonheur dans ta boîte, le travail est différent : il s’agit de retrouver du sens. C’est normal, au tout début, de se concentrer uniquement sur les chiffres pour assurer ses besoins de base, payer son loyer et ses courses. Mais une fois cette sécurité atteinte, il devient essentiel de se reposer une question simple : pourquoi je fais tout ça ?
Cette question vaut aussi pour ceux qui hésitent à se lancer. Tu n’es pas obligé de tout sacrifier ni de brûler les étapes pour prouver quelque chose. On peut très bien construire son activité progressivement, en gardant une vie équilibrée à côté, comme je le raconte dans mon parcours où j’ai mené entrepreneuriat et études de front sans renier ni l’un ni l’autre. La réussite durable n’est pas une course à celui qui se détruit le plus vite, c’est un équilibre que l’on tient sur le long terme.
Concrètement, cela veut dire arrêter de te demander « comment gagner plus » et te demander plutôt « qui je veux aider, et comment ». L’argent suit presque toujours quand on rend un vrai service avec sincérité, alors que la course au chiffre pur finit par s’épuiser. Reconnecte-toi aussi à des choses simples en dehors du travail : ta santé, tes relations, tes loisirs. Ce sont elles qui donnent de la valeur à la liberté que ton activité t’offre, sinon cette liberté ne sert à rien.
Remettre le client final et l’utilité au centre, plutôt que l’argent pour l’argent, change tout. On retrouve une raison de se lever, et paradoxalement, c’est souvent là que l’activité redevient saine et durable. C’est exactement l’état d’esprit que je défends quand je parle des vrais avantages de l’indépendance : la liberté et le sens, pas seulement le revenu. Si tu veux te lancer, fais-le pour les bonnes raisons, comme je l’explique dans mon article sur pourquoi devenir freelance, et garde toujours en tête que l’argent n’est qu’un moyen, jamais une fin.
Enfin, si tu ressens un mal-être profond et durable, parles-en : à tes proches, et si besoin à un professionnel. Des ressources existent, comme le site d’information du service public info-depression.fr. Aucune réussite professionnelle ne vaut ta santé mentale.
Questions fréquentes sur la dépression et l’entrepreneuriat
Pourquoi l’entrepreneuriat rend-il déprimé ?
Souvent à cause de la culture de l’isolement (se couper de ses proches et du monde au nom du travail sur soi) et de la course à l’argent pour l’argent, qui fait oublier le sens. On se lance pour être libre et heureux, et on finit prisonnier d’une compétition de chiffres et de la comparaison avec les autres.
Faut-il vraiment couper ses proches pour réussir ?
Non. Écarter une personne réellement toxique peut être sain, mais bannir des amis fidèles et bienveillants juste parce qu’ils ne s’intéressent pas au business est une erreur qui mène à l’isolement. Le développement collectif, en s’entourant des bonnes personnes, fait souvent plus progresser que l’isolement.
L’entrepreneuriat est-il la seule façon de réussir sa vie ?
Non, c’est un mythe dangereux. On peut s’épanouir dans l’art, l’associatif, le salariat ou mille autres voies. Se lancer dans l’entrepreneuriat en pensant que c’est la seule option valable conduit souvent à une course à l’argent vide de sens.
Comment éviter de déprimer quand on est entrepreneur ?
Garde un équilibre entre développement personnel et lien humain, ne renie pas tes proches, et surtout reconnecte-toi à ton « pourquoi » au-delà de l’argent. Si le mal-être est profond et durable, parles-en à un professionnel : ta santé mentale passe avant tout.